Monsieur le Président,

A mão de Fátima
J’ai dix-sept ans et… des affiches funestes ont fait leur apparition sur les murs des lycées de notre ville. Je refuse le diktat, je refuse que l’on substitue à mes parents qui m’ont donné une conduite irréprochable, une éducation saine, pleine de civisme et d’amour. Je suis heureuse lorsque je joue avec mes frères et mes soeurs au bord de la mer, et quand une haute vague me rejette tout étourdie sur le rivage, je suis heureuse. J’aime courir pieds nus dans l’herbe humide de rosée, offrir mon visage à la douce pluie du printemps, et lorsque le vent joue avec ma longue chevelure, je suis heureuse d’être décoiffée. Le chant matinal des oiseaux me transporte de bonheur et, lorsque j’aperçois une abeille qui butine, je la suis de fleur en fleur et je me sens heureuse. Les sons mélodieux me remplissent de joie, et la beauté du coucher du soleil me procure des moments d’intense émotion.
Mon jeune corps sain et sportif ne supporte aucune entrave vestimentaire et je rêve de devenir comme Hassiba une championne olympique, de faire de sérieuses études d’aéronautique pour être commandant de bord. Je rêve aussi d’une Algérie moderne où la femme a sa place. Aujourd’hui, il nous est même interdit de rêver.
Monsieur le Président, j’ai diz-sept ans… et je ne veux pas mourir.

Afsa Zinaï-Koudil
Sans voix, édition Plon,1997

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